Carnet de Zénon - Beaux textes
De paradoxes en apophtegmes
   

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Mercredi 14 mars 2007
Beauté, grammaire, beauté de la grammaire

    " Moi, je crois que la grammaire, c'est une voie d'accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d'en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c'est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c'est là que c'est merveilleux : parce qu'on se dit : << Comme c'est bien fait, qu'est-ce que c'est bien fichu ! >>, << Comme c'est solide, ingénieux, riche, subtil ! >>. Moi, rien que savoir qu'il y a plusieurs natures de mots et qu'on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu'il n'y a rien de plus beau, par exemple, que l'idée de base de la langue, qu'il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le coeur de tout énoncé. C'est magnifique, non ? Des noms, des verbes..."

    ................................

    " ... malheureux les pauvres d'esprit qui ne connaissent ni la transe ni la beauté de la langue "


L'Élégance du hérisson, Muriel Barbery , Paris, Gallimard 2006, 360 délicieuses pages...

Écrit en pensant à la Rousse,  la Grande Rousse.

 


Par zénon • 2007-03-14 18:24:05
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Mercredi 20 décembre 2006
Toujours là (... ce qui va rendre notre vie à son grand large)

Je ne publie pas beaucoup ici depuis quelques jours... C'est que j'utilise le temps que j'ai pour l'Annexe.Là, je m'exprime en images. Ici en mots. Ce matin, quelques mots de Christian Bobin, à l'intention de ceux qui qui se sentent mal dans leur peau, pas heureux, sans espoir...

" ...ce qui vient nous délivrer de l'obscur commence par nous apparaître lui-même obscur. Ce qui va rendre notre vie à son grand large nous parle avec des mots que notre vie, telle qu'elle est alors, étroite, étouffée, nous empêche de bien comprendre - mais pas d'entendre. Ce qui vient nous aider, c'est notre vie future dans notre présente."

Christian Bobin, La merveille et l'obscur 

 


Par zénon • 2006-12-20 09:40:48
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Vendredi 1 décembre 2006
J'étais mort...

J'étais mort, je devins vivant
         j'étais pleurs, je devins rire
Le règne de l'amour est venu
         et mon règne devient éternel
J'ai le regard rassasié
         et j'ai l'âme courageuse
J'ai le courage des lions
         je devins Vénus éclatante
Il me dit : tu n'es pas fou
         tu n'es pas digne de cette maison
Je partis, je devins fou
          je devins lieur de chaînes
Il me dit : tu n'es pas ivre, vas !
         tu ne fais pas partie de cette bande
Je partis, je devins ivre
         et d'allégresse rempli

Rûmi

À voir à l'Annexe, des calligraphies arabes contemporaines.

 


Par zénon • 2006-12-01 09:53:07
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Mardi 3 octobre 2006
" La vie réussit à nous trouver...

    " La vie réussit à nous trouver quand plus personne ne sait où nous sommes, pas même nous. Si loin que nous soyons, elle se fraye un passage. Si grande soit notre volonté de l'éviter, de la fuir dans un travail, dans un devoir, dans un sérieux - elle arrive, têtue, se moquant gentiment de nous, de la naïveté de nos projets, de la sagesse de nos calendriers. Mais nous parlons si sérieusement, aujourd'hui : laissez-moi vous raconter une histoire. Il y a une dizaine d'années, je me promenais au bord d'un étang - un morceau de miroir renversé au milieu des prés. C'est un lieu où j'ai coutume d'aller avec mon amie d'alors. Ce jour-là je ne suis pas allé la chercher. Je ne l'ai pas appelée. J'ai choisi de sortir en compagnie d'une autre fille : Sainte Thérèse d'Avila. J'ai sous le bras ses oeuvres complètes. Un gros livre blanc, un régal de chant pur, de joie vive. Et mon amie survient, m'ayant attendu, m'ayant cherché, venue en désespoir de cause auprès de cet étang. Elle est là, devant moi, avec ce visage mélangé, ravie de m'avoir trouvé, furieuse de m'avoir cherché. Elle m'avouera plus tard que sa première pensée avait été de saisir le gros livre de Thérèse d'Avila et de le balancer dans l'eau froide. Elle voyait juste dans sa jalousie : elle avait là, en face d'elle, une sacrée rivale. Il fallait beaucoup de grâce pour me sortir de l'enchantement d'une sainte. Croyez-moi, il n'était pas si facile d'aller me trouver dans ce ravissement que me donnait alors cette lecture, à mille lieux du monde. Dommage que mon amie n'ait pas cédé à sa première impulsion : imaginez les oeuvres complètes de la mystique lentement descendre au fond des eaux - et plus tard d'étranges murmures chez les grenouilles, des conversions soudaines chez les poissons. Telle est la vie quand elle emprunte son visage de fête, le visage d'une amoureuse : plus convaincante dans ses caprices que les saintes dans leur perfection. Tellement belle, tellement drôle : irrésistible. "

    Christian Bobin, La merveille et l'obscur, Entretiens 1990-1994, La passe du    vent, 1999, 84 p.     ISBN 2-84562-006-3 


Par zénon • 2006-10-03 21:54:58
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Mercredi 13 septembre 2006
Impertinences spirituelles

     " Coquille : Finir sa vie sur une faute d'orthographe, et dire : <<Je meurt>>."

     " Génétique : On est heureux d'apprendre que des gênes de grenouilles améliorent les pommes de terre."

     " Kamikaze : En mourant pour les autres, Christ accède au Paradis. Mourant en en tuant d'autres, le kamikaze prolonge indéfiniment son brasier. "

     " Logiciel : Instrument d'informatique cruellement privé de tout Logos et de tout ciel."


     Petit dictionnaire d'impertinences spirituelles, Jean Bies, Entrelacs, Paris 2006, 251 p.

     Livre disponible au Pentagramme, coin Saint-Hubert et Rosemont....Une librairie comme il ne s'en fait plus.


Par zénon • 2006-09-13 21:52:22
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Mercredi 21 juin 2006
La solitude

    " Il n'y a pas la moindre sagesse dans ma vie. Pas non plus de folie. Je ne sais pas au juste ce qu'il y a dans ma vie. La vie peut-être, simplement. Et la solitude, sagesse et folie confondues. La solitude occupe ma maison à un point incroyable de sans gêne. Elle ne laisse rien en dehors d'elle, sauf la page blanche. C'est lorsque j'écris que je suis le moins seul. La solitude, quand elle monte dans un couple, est terrible, malfaisante. Quand elle entre chez moi elle est - comment dire : détendue. Elle a ses habitudes, sa place faite. La solitude est une maladie dont on ne guérit qu'à condition de la laisser prendre ses aises et de ne surtout pas en chercher le remède, nulle part. J'ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d'être seuls et demandent au couple, au travail, à l'amitié voire, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l'amitié ni le diable ne peuvent donner : une protection contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir affaire à la vérité solitaire de sa propre vie. Ces gens-là sont infréquentables. Leur incapacité d'être seuls fait d'eux  les personnes les plus seules au monde. "

    Christian Bobin, L'épuisement. Le temps qu'il fait, Cognac 1994, 117 p.  Extrait : p. 28, 29, 30.   ISBN 2-86853-205-5


Par zénon • 2006-06-21 08:34:40
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Vendredi 31 mars 2006
Une autre bibliothèque virtuelle sur la Toile

La Bible de Jérusalem, la Traduction oecuménique de la Bible (la "TOB"), la Somme théologique de Thomas d'Aquin, les oeuvres complètes de Thérèse de Lisieux, les Entretiens de Ramakrishna ou Les légendes des juifs, de Louis Ginzberg et autres textes spirituels et religieux à lire gratuitement et facilement à la Bibliothèque des Éditions du Cerf.

Allez aussi jeter un coup d'oeil à l' Exposition virtuelle.


Par zénon • 2006-03-31 15:53:00
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Mardi 14 mars 2006
Les gagnants ( roman de Julio Cortazar)

            Durant ces jours de congé, lecture d'un roman de Julio Cortazar, Les Gagnants ( Folio 1354, paru en français en 1961, 531 p.) :

     " La loterie du Tourisme, organisée par la ville de Buenos Aires, a fait une vingtaine de gagnants. Il s'agit d'une croisière et tous ces voyageurs improvisés, réunis par le sort et appartenant aux classes sociales les plus diverses, s'embarquent sur un navire dont ils ne savent ni la provenance ni la destination. Ce ne sont pas les seules inconnues de ce voyage qui s'annonce mal dès le départ. Une maladie mystérieuse s'est déclarée à bord, et voilà les passagers convertis en détectives. L'un deux, Pedro le Mage, déchiffre cette ronde où s'aventurent la poétesse Paula Lavalle, intelligente et cynique, le raffiné Raoul Costa, le professeur Lopez, l'adolescent Felipe, Claudia la résignée et Medran, l'insatisfait... "

     Roman un peu verbeux, irritant parfois, que j'ai pourtant lu jusqu'à la fin. Comment et pourquoi une oeuvre a-t-elle cet effet agaçant et irritant? Trop riche peut-être, ou bien elle force la réflexion. Il y a un peu de Kafka et de Buzatti chez Cortazar. Le sentiment d'enfermement du Désert des Tartares pour l'un et l'absurdité du Procès pour l'autre.

Les Gagnants (Los Premios, Buenos Aires, 1960), réunis par le hasard à bord du Malcolm, se groupent ou s'affrontent dans l'espace clos du bateau, où l'insolite fait son apparition dès le début. Mais cette croisière se double d'un voyage intérieur de chaque passager vers la confrontation avec lui-même dans la recherche de sa propre réalisation. À l'intérêt psychologique et sociologique s'ajoute une dimension métaphysique grâce aux soliloques de Persio, qui donnent de la réalité courante une vision plus structurelle et poétique.

par Jacqueline Outin et Jean-Pierre Ressot

Source


Par zénon • 2006-03-14 19:00:06
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Mardi 28 février 2006
Un philosophe, un poète, puis un conte

Qui est vraiment Michel Onfray? Comment est-il devenu le philosophe le plus lu de France? Portrait d'un homme aussi controversé qu'adulé.

Dossier Michel Onfray, chez Lire.

Le Magazine littéraire présente un bref article sur Christian Bobin et sa maison.

AU temps jadis, il n’y avait, sur la route de Valenciennes à Condé, qu’un seul village, ou plutôt un hameau, le hameau d’Escaupont. Tout le reste du pays était couvert par l’immense forêt charbonnière qui appartenait aux seigneurs, et, bien que le bois mort n’y manquât point, les pauvres gens soufflaient souvent dans leurs doigts, quand hurlait le vent de bise.

La marmite du diable,un conte de Charles Deulin à la Bibliothèque électronique de Lisieux.


Par zénon • 2006-02-28 19:10:53
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Lundi 27 février 2006
Île inconnue

    " Et pourquoi veux-tu donc un bateau, peut-on le savoir, tel fut en effet ce que le roi lui demanda quand il se considéra suffisamment bien installé sur la chaise de la servante, Pour me lancer à la recherche de l'île inconnue, répondit l'homme, Quelle île inconnue, demanda le roi en déguisant son rire, comme s'il avait devant lui un fou délirant, un de ces fous qui ont la marotte de la navigation et qu'il ne faut surtout pas contrarier dès l'abord, L'île inconnue, répéta l'homme, Sottise, il n'y a plus d'île inconnue, Qui t'a dit, ô roi, qu'il n'y a plus d'îles inconnues, Elles sont toutes sur les cartes, Sur les cartes il y a seulement les îles connues, Et quelle est donc cette île inconnue que tu cherches, Si je pouvais te le dire, elle ne serait plus inconnue, Qui t'en a parlé, demanda le roi, à présent plus sérieux, Personne, Dans ce cas, pourquoi t'obstines-tu à dire qu'elle existe, Simplement parce qu'il est impossible que n'existe pas une île inconnue... "


    Saramago, José, Le conte de l'île inconnue, Seuil, Paris 2001, 60p. Extrait : p. 16 et 17     ISBN 2-02-039547-9

    José Saramago : fiche bio-bibliographique chez Bibliomonde.


Par zénon • 2006-02-27 18:41:32
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